Dans l'oeil de la joueuse pro : Introductions

Publié le par Lucille

LucilleStudio 01

Lorsque Xewod m’a proposé une chronique sur son blog, c’est avec grand plaisir que j’ai accepté l’invitation. Je ne le connais, de visu tout du moins, que depuis quelques mois mais le jeune homme et ses écrits m’ont fait la meilleure des impressions. Et puis, une tribune libre, ça ne se refuse pas…

Je joue au poker depuis trois ans. J'aimerais vous dire que mon parcours a été semé d'embûches... Mais cela n'a pas été le cas. A peine un petit caillou sur le chemin. Et c'est peut-être pour cette raison que le poker est devenu ma vie. Parce que j'ai pas vraiment eu à me battre, à défier vents et marées, ou Dieu sait quelle autre expression toute faite qu'on use pour tenter de faire croire qu'on en a bavé.

J'ai toujours fait des choix un peu marginaux. Après le BAC, j'aurais pu me diriger vers à peu près n'importe quoi. J'ai choisi la philosophie. Sans le moindre plan en tête. L'idée de passer mon temps à lire Nietzsche, Sartre, Kant et leurs potes à l'ombre d'un platane me séduisait suffisamment pour justifier mon choix. Bon, en ce qui concerne le platane, j'ai dû par la suite revoir mes plans. Je suis normande, et en Normandie, sous un platane, l'herbe est toujours mouillée...

À côté de cela, je suivais des cours de théâtre depuis mes huit ans. Je jouais régulièrement dans des pièces bien critiquées (par la presse locale, entendons-nous bien).

En licence, je suis partie aux États-Unis, à Knoxville, dans le Tennessee. C’est là-bas que j’ai commencé à me demander ce que j’allais bien pouvoir faire de moi. Poète, c’est bien gentil, mais ça ne nourrit pas. L’enseignement ? A la trappe : les cours particuliers m'ont fait réaliser que je n'étais pas très pédagogue. Comédienne ? Hum… Pourquoi pas. Aimant profondément le théâtre, je me voyais bien vivoter sur les planches jusqu’au rôle qui changerait ma vie. Ou pas.

Je me suis vite rendue compte que ma passion pour la comédie ne survivrait pas à la pression pécuniaire inhérente à la profession. Grosse remise en question. J’ai considéré à peu près toutes les voies, à ce stade. D’hôtesse de l’air à femme politique en passant par monitrice de plongée au long cours, il fallait juste que je me décide ! Ce que je n’ai pas fait... J’ai continué mes études en espérant avoir une épiphanie.

Et c’est bien là qu’on voit que je suis une luckbox… Cette période de grandes interrogations a coïncidé avec celle des premières parties privées dans ma colocation. Outre la bouffée d’air frais que m’apportaient ces quelques victoires contre un field au niveau aussi peu relevé que le mien, je me suis découvert un nouveau centre d’intérêt. Et comme à chaque fois que je passionne pour quelque chose, je me suis perdue dedans avec joie et enthousiasme. Pendant trois mois, j’ai tout lu, tout regardé et farfouillé jusqu'au fin fond des forums pour approfondir mes connaissances embryonnaires en No Limit Hold'em.

En juin 2007, le 17, pour être exact, j’ai connu un petit séisme personnel. Le jour de mon anniversaire, je me suis séparée de l'homme que je me voyais pourtant bien épouser... J’ai réagi comme un vrai joueur de poker : j'ai tilté, avant même de connaître la signification de ce mot et de l'employer à tort et à travers. En rentrant chez moi, le cœur lourd, j'ai pris un billet aller-retour pour Las Vegas, malgré un porte-monnaie lui très léger. Décollage le lendemain matin.

Je ne sais pas très bien ce qui m'a pris, pour tout vous dire. On mettra ça sur le compte d'une combinaison d'inconscience juvénile et du manque d'objectivité que génère le chagrin... L’issue aurait pu être catastrophique. Mais là encore, j’ai été chanceuse. Voyez par vous-même. Bagages au bras et passeport en poche, j’attends pour enregistrer mes bagages. Devant moi, j'entends deux jeunes hommes expliquer à la ravissante hôtesse la raison de leur voyage à Las Vegas. Je tends l'oreille. « ... Joueurs de poker... WSOP... » Il ne m'en faut guère plus pour braver ma timidité naturelle et remonter la file à grands renforts de sourires et de « mes amis sont devant dans la queue ».

« Vous êtes joueurs de poker ? Moi aussi ! » Manub et Jaybee sourient devant mon impertinence. Il ne leur en faudra pas plus pour m'adopter. Après avoir négocié avec leur voisin pour qu'il échange son siège avec le mien, je me retrouve à jouer des SNG à trente mille pieds au dessus de l'Atlantique avec deux joueurs pros. Comme il se doit, je saute systématiquement la première. Quand je pense que j'ai osé leur confier que je souhaitais devenir joueuse pro dès cette première rencontre, j’ai honte...

Sur place, Manub et Jaybee me présenteront Otto Richard. Grâce à ces trois-là, je perdrai très peu de dollars durant le séjour, et gagnerai énormément en expérience. Je ne les en remercierai jamais assez.

Après, tout s'est passé comme dans un rêve. A la rentrée, j'ai rapidement intégré l'équipe de Club Poker Radio. J'ai co-animé une dizaine d'émissions. J'ai encore une fois beaucoup appris.

En juillet 2008, je retournais à Las Vegas. Ma seconde visite avait cette fois un but précis : couvrir le Main Event des World Series of Poker pour Wam et le Club Poker. Un concours avait été organisé pour sélectionner deux « reporters » amateurs qui allaient accompagner Benjo. Concours que j'ai remporté suite à un vote des membres du CP et une décision finale des membres du jury constitué pour l'occasion. Les quelques accusations de favoritisme et de piston apparues sur le forum du CP n’ont en rien terni mon excitation devant cette nouvelle aventure et cette chance qui m'était offerte.

Malheureusement, une fois sur place, je n'ai pas eu le temps de faire taire des détracteurs. Je suis tombée malade à mi-chemin... Cependant, j'ai beaucoup appris. La rigueur et la ferveur de Benjo sont sans égal. « Reporter poker »... Pendant un temps, j'ai pensé me diriger pour de bon vers cette voie. Mais il me manquait ce petit quelque chose qui fait la différence entre un simple journaliste qui raconte ce qu'il voit, et un excellent raconteur qui fait vivre sous vos yeux ce qui se passe à des milliers de kilomètres, qui vous tient en haleine, vous électrise de sa verve incisive et vous fait vous coucher à pas d'heure tant l'information relayée est captivante.

Et puis, surtout, j'aime beaucoup trop jouer. Conter les faits et méfaits des pros du circuit et des centaines d’inconnus fut avant tout un exercice de frustration. C'est en commentant en direct la finale de l'EPT Deauville en 2009 que je m'en suis vraiment rendu compte. Commenter les EPT fut une expérience mémorable (j'ai travaillé sur l'intégralité de la saison 4 avec Alexis Laipsker pour NRJ12), mais après l’avoir fait en direct à Deauville, une seule pensée occupait mon esprit : l'année prochaine, Il fallait que je joue ce tournoi.

Un peu plus tôt, Antoine Dorin me confiait la couverture des étapes du France Poker Tour, puis j'ai commenté Chilipoker Cash Challenge, le premier show poker orienté cash-game à 100%, avec mon (futur) coéquipier et grand ami Guillaume Cescut.

Pendant ce temps, les tables me souriaient de plus en plus. A l'ACF, je montais progressivement les limites. Huit mois à la 2€/2€ m'ont permis de me monter une bankroll conséquence et presque suffisante pour m'installer à la 5€/5€ ! Bon, j'avoue, j'ai eu un petit coup de pouce du Bad-Beat Jackpot... 20 000 euros dans la cagnotte, dont un quart pour moi grâce à un AJ gagnant contre un AT sur AAJT2. J'ai migré quelques semaines à la 2€/4€ mais je ne m'y suis pas attardée, préférant déménager vers la salle Medium/High-Stakes de l'ACF pour jouer en 5€/5€.

C'est vers cette période que je me suis mise aux tournois. En décembre 2009, j'ai été invitée à Marrakech par Roger Hairabedian en compagnie des « Gazelles » du Club Poker. Après m'être qualifiée pour un tournoi annexe à 1 350€, j'ai atteint la seconde place du dit tournoi... Ma première ligne Hendon Mob !

Couplé à mes gains en cash-game, ce résultat va me faire prendre une décision cruciale, à laquelle je réfléchissais depuis déjà pas mal de temps... Me consacrer au jeu à 100%. Le grand mot était lâché : professionnelle.

Je savais que je ne mettais pas réellement en danger, car retourner au journalisme resterait toujours une possibilité (j'écris d'ailleurs toujours pour Live Poker à ce jour). Et surtout, j'avais accumulé une bankroll suffisante pour encaisser pas mal de variance.

Et c'est ainsi qu'un an après en avoir fait le vœu, j'ai débarqué à Deauville pour jouer l'EPT. Mon premier tournoi avec l'étiquette de pro !

J'ai affronté plusieurs amis très dangereux à une table de poker (Thomas Bichon, Davidi Kitai. Joel Benzinou) et quelques génies internationaux (Mike McDonald, Ramzi Jelassi…)

J'ai terminé la première journée avec tout juste douze blindes mais des décisions simples pour le lendemain !

En jour 2, après avoir navigué entre 10 et 20 blindes pendant deux niveaux, un coup chanceux m’a remise en course. Je me retrouve à tapis, les 6 contre les 8. Je suis déjà debout, prête à quitter le tournoi. Yann Brossolo, à la table attenante, se lève pour l’occasion. Le flop n’apporte rien. Je regarde Yann et le vois appeler silencieusement le 6, tout comme Thomas. Et là, le 6 magique apparaît. La combinaison de ce brelan miraculeux et de cette solidarité française m’a revigorée pour la journée.

Malgré un tapis sympathique en fin de day 2, le chemin s’arrêtera en day 3. Trois longues et difficiles journées qui se sont soldées par un résultat positif et encourageant : 47e (sur 768).

Épilogue – provisoire, je l'espère : quelques temps après Deauville, Barrière me contacte avec une offre que je ne peux pas refuser : rejoindre leur équipe de joueurs professionnels. Et c'est ainsi que j'ai disputé cet été mes premiers World Series of Poker... En compagnie de mes nouveaux coéquipiers, pour la plupart des joueurs dont je suis très proche sur le circuit depuis un moment. Vous trouverez mes impressions sur les WSOP sur le blog www.team.barrierepoker.fr

Au début de l’article, je vous disais que je n’avais pas eu à me battre pour en arriver là. Cela ne signifie pas que je compte me laisser porter la où le vent voudra bien me mener. Je vais continuer à énormément travailler mon jeu, que ce soit en tournoi ou en cash game et tenter de rendre fiers mon sponsor et ma nouvelle équipe.

A bientôt !

Lucille Cailly – Membre de la Team Pro BarrierePoker.fr

Commenter cet article

Ladycats13 10/08/2010 12:06



Super article très plaisant à lire. La chance est pour les audacieux... mais rien est un hasard, il faut un minimum de talent et de charisme. GL pour la suite, au plaisir de te suivre.



lapaluche 08/08/2010 21:29



bel article


vivement le prochain


merci



IFU 07/08/2010 11:13



bel article, un beau destin !


Bonne continuation !



cartermd 07/08/2010 00:09



Bravo lucille tu le merites depuis le temps que je te suis sur le CP tres bel article et ca annonce du beau pour la suite Tu realise un reve que beaucoup de personnes veut et qu'il y a tres peu
d'elus Bonne chance pour ta vie de pro



misterhyde 06/08/2010 17:58



Et ben dites moi, quel parcours !


GL pour la suite ;)