Dans l'oeil de la joueuse pro : Le St Graal en main

Publié le par Lucille

LucilleStudio 01

Cela fait maintenant deux mois que j’ai intégré la Team Pro BarrierePoker.fr et que je suis donc sponsorisée. Comme la plupart des joueurs professionnels, j’ai attendu cette signature avec impatience, anxiété, euphorie, espoir et doute. Je n’exagère pas. Lorsqu’on fait un choix de vie aussi particulier, tout ce qui peut soulager d’un peu de pression est le bienvenu. Or un contrat de sponsoring apporte ceci en deux points: un soutien financier et une reconnaissance.

Cependant, ce ne sont pas de ces deux changements dont je vais vous parler mais plutôt de petites choses plus subtiles qui sont apparues dans mon quotidien de joueuse, que je n’avais pas spécialement anticipées. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de préciser que je ne plains pas ici (mais je le fais quand même).

De nouvelles méthodes de drague. En tant que demoiselle, il arrive fréquemment de se faire draguer à table. Jusque là, rien d’extraordinaire. Les joueurs ne sont pas plus inventifs que les autres hommes, ça donnent des « beaux yeux » et du « joli sourire » à tout va. Standard. Sauf que récemment, un homme m’a demandé, pendant une session de cash game, si je pouvais lui trouver une casquette BarrierePoker.fr. Il enchaîne aussitôt « Donnez moi votre numéro, on verra comment s’arranger autour d’un verre ». Ou pas.

Un rythme dur à suivre. A l’origine, je ne jouais qu’en cash game. J’ai commencé à m’intéresser aux tournois depuis seulement une petite année. Maintenant, j’ai soif de tournois. Cela tombe bien, me direz-vous, vu que je vais être amenée à en disputer quelques uns. Mais je ne considère absolument pas abandonner le cash game, non seulement parce que cela me réussit plutôt bien financièrement, mais aussi parce que j’aime profondément cette discipline.

Seulement voilà, le cash game et les tournois impliquent des rythmes de vies totalement différents (pour la pratique que j’en ai, tout du moins). Quand les tournois requièrent d’être frais et dispo à midi, le cash game demande parfois d’avoir toujours les idées claires à 5 heures du matin… Passer de l’un à l’autre me met en constant décalage horaire et ce, même quand je ne change pas de fuseau. Pour la première fois, j’ai besoin de journées de pause pour être au meilleur de ma forme pour l’une ou l’autre des disciplines. Ça me permet au moins de rattraper mon retard dans mes lectures (et mes séries américaines et vidéos de poker, ok ok…). De plus, je vais encore plus facilement courir que d’habitude car, dans ces périodes, je me rends compte de l’énorme avantage d’être en bonne forme physique.

Des discussions surréalistes. J’ai eu cet échange un soir (je vous parle de celui-ci mais j’en ai eu bien d’autres) avec un joueur que je ne connaissais pas, alors que je prenais l’air sur le balcon d’un cercle parisien, avec une amie joueuse, sponsorisée, elle aussi.

-« Excusez moi, vous êtes bien sponsorisées toutes les deux ? »

-« Oui »

-« Cool, ça m’intéresse. Comment je peux faire pour être sponsorisé aussi ? »

-« Le plus simple reste de faire des tournois et vous faire remarquer.»

-« Et si je ne veux pas faire de tournois ? »

-« Comment ca ? Vous voulez être sponsorisé pour quoi alors ?»

-« Ca ne m’intéresse pas de mettre 100 euros dans un tournoi, ce que je veux c’est jouer les gros tournois gratuitement. »

-« Il faudra vous faire connaître d’une façon ou d’une autre avant donc… »

-« Oui bah ça fait quand même 3 fois que je viens dans ce cercle ! »

-« Euh… »

Une variance inconnue. Evidemment, je subissais, comme tout à chacun, la variance en cash game. Mais ce n’est pas un secret, la variance en tournoi n’a rien à envier à ce que l’on peut expérimenter en cash game. En ayant eu des résultats si probants lors de mes premiers tournois, je m’étais un peu imaginé que ce serait toujours comme ça, naïve que j’étais. Alors même si je n’ai joué que 6 tournois depuis que j’ai intégrée la Team Pro BarrierePoker.fr, je dois admettre que le manque de résultats me chagrine un peu. Dieu merci, le route est longue…

Petite mise en perspective par mon cher co-équipier Rémy Biéchel, juste après ma sortie du PPT : « J’ai vu que tu runnais vraiment bad… Sache que ça peut encore durer longtemps… ». Yeah !

Une légitimité circonstancielle. Cela fait tout de même un sacré bout de temps que je joue presque tous les jours en cash game dans les différents cercles parisiens et au casino Barrière de Deauville (ce qui laissait peu de doute quant à la possibilité d’une activité annexe) mais certaines personnes avec qui j’ai pu jouer des centaines d’heures ne réalisent qu’aujourd’hui que c’est mon métier. Ces joueurs, apprenant au détour d’une conversation que je suis sponsorisée et me donnent du « ah tu es passée pro ?!? ».

J’imagine que le fait que je sois SCF (sans cercle fixe) joue pour beaucoup dans cette incrédulité. En effet, il peut se passer 3 mois avant que je ne remette les pieds à une certaine adresse. Cela dépend de la teneur des tables (niveau, ambiance, profondeur des stacks, turnover etc.). Du coup, ils doivent penser que je me broke régulièrement et que je m’en retourne vers une autre activité rémunératrice en attendant de renflouer les caisses.

Une nouvelle pression. Comme je le disais plus haut, être sponsorisé aide à vivre sa vie de joueur pro un peu plus sereinement. Mais ce cadeau ne vient pas sans « responsabilité ». Avant, lorsque je sautais d’un tournoi, ça ne dérangeait que moi et, à la rigueur le joueur qui avec qui j’avais swapé. Je me contentais de ruminer l’horreur ou le coin flip responsable de ma sortie, avant de passer à autre chose. Maintenant je pense à mon sponsor (et je rumine toujours un peu)… Comme je pense à ce dernier lorsque je me retrouve face à une grosse décision qui doit engager une importante partie ou la totalité de mon tapis. J’imagine qu’il est normal de vouloir montrer aux gens qui nous ont fait confiance, qu’ils ne sont pas trompés. Enfin on en reparlera si cela commence à modifier mon jeu…

Le casse-tête. Il y a une chose extrêmement compliquée à gérer lorsqu’on est sponsorisé, une chose à laquelle on ne pense pas obligatoirement quand on est en quête du saint graal, une chose qui vous prend vraiment au dépourvu une fois vos ambitions atteintes, une préoccupation de tous les instants, une interrogation qui revient à chaque tournoi sans faillir : comment assortir ses vêtements à son logo! Les gens ne se rendent pas compte…

Un esprit d’équipe. C’est un point très important. Ça change énormément une vie de tournoi. Que je sois toujours en lice ou que je vienne de sortir piteusement, je suis respectivement encouragée ou consolée par 7 personnes sincères et bienveillantes. Alors ça ne rattrape pas le fait d’avoir busté mais ça aide à passer à autre chose bien plus rapidement, à relativiser. Et puis, je dois l’avouer, même quand on n’a aucun doute à ce sujet, c’est agréable d’entendre 7 personnes différentes vous confirmer qu’effectivement vous étiez bien obligé de sauter sur cette dernière main. Et quand ce n’est pas le cas, la remise en question est plus rapide, pas de malhonnêteté intellectuelle possible… J’ai la chance de partager un même logo avec des personnes que j’apprécie énormément tant pour leurs qualités humaines que pour leurs talents de joueurs. Lucky me !

Une plus grande incompréhension encore. Mon activité était déjà à l’origine de beaucoup d’interrogations de la part de mes proches. Depuis que je joue sous les couleurs de BarrierePoker.fr, de nouvelles questions pointent leur nez. Je dois, par exemple, expliquer que non, je ne vais pas me faire virer si je ne finis pas dans le top 3 de chaque tournoi. Ma mère me demande régulièrement :

« Tu as gagné ton tournoi ce week-end? »

« Non mais j’ai gagné le droit de revenir au prochain ! »

« Ton sponsor ne dit rien ? »

« Non, ils sont au courant de la variance en tournoi »

« Mouais, fais attention quand même… »

« Oui maman… »

La sponso equity. Ou la « sponso value » selon les cas. Lorsque certains joueurs apprennent que je porte désormais un logo sur le cœur, ils revoient leur façon de jouer contre moi. C’est ainsi que j’ai pu remarquer qu’il serait dorénavant facile d’en bluffer certains qui soudainement me voient max sur toutes les rivers et qu’il faudrait a contrario me contenter de value contre d’autres qui ne croient plus aucune de mes mises. Ça demande un peu d’ajustement mais c’est plutôt appréciable, je dois l’avouer.

Lucille Cailly, membre de la Team Pro BarrierePoker.fr

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Rincevent 21/09/2010 22:18



Joli post.


On les trouve ou les casquettes avec le numero qui va bien? :)



bambuk 18/09/2010 09:26



C'est vraiment intéressant parce que tu t'exprimes sur des sujets qui viennent très peu habituellement.



lapaluche 17/09/2010 23:49



merci pour ton récit



LadyCats13 17/09/2010 23:45



Merci miss pour ce bel article une nouvelle fois, un régal. Tu m'as bien fais rire. Bizz



kingyoann78 17/09/2010 20:17



moi aussi il me faut une casquette barrière avec ton n°.


Plus sérieusement merci de nous faire partager tes expériences.