Interview Kinshu reporter poker : Putes, cartes, coke & rock'n roll !

Publié le par Xewod

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Quand j’ai rencontré, Julien aka Kinshu, pour la 1 ère fois à Las Vegas en novembre dernier, nous avons immédiatement sympathisé ! Bien que je sois d’une dizaine d’années son aîné, et que l‘on pourrait croire que j’ai passé l’âge de m’adonner aux péchés mortels offerts par « Sin City » à ses visiteurs, j’ai rapidement décelé en lui un grain de folie qui m’a fait me dire que j’allais passer une « semaine riche » à ses côtés : -) et dans ces cas là…nul besoin de me pousser !

Ne vous méprenez pas, je n’ai pas pour autant viré ma cuti l’espace de cette semaine, mais je dois avouer que j’ai le souvenir de très bons moments passés en sa compagnie. Une sorte de revival de ma vingtaine décadente. Entre : poker-room, nuits blanches, alcool, roulette et boite de nuit !

Résumer la vie de Kinshu à celle d’un pauvre hère menant une vie dissolue serait bien mal connaître le jeune homme, qui est aujourd’hui l’un des tout meilleurs reporters poker français. Une fois au boulot, l’insouciant Julien laisse place à Kinshu le professionnel. Il fait le bonheur du Club Poker et de ses lecteurs lors de chacun de ses coverages. Doté d’un vrai talent d’écriture, il est « monsieur plus », celui qui sait toujours ajouter le bon mot quand il faut et là où il faut… alors que d’autres vous retranscrivent ce qu’ils voient, lui vous le fait vivre à travers son œil aguerri, sa plume bien aiguisée et toujours avec humour ! Le mois dernier, il a publié son 1 er article dans le magazine Poker 52, le 1 er d’une longue série, j’en suis persuadé !

Sans cesse, il parcourt les casinos de France, d’Europe et d’ailleurs… Il est ami avec de très nombreux joueurs professionnels, aussi bien français, qu’internationaux…Trêve de palabres ! Je souhaite donc vous faire découvrir, à travers l’entretien qui suit, cet autodidacte, devenu acteur reconnu dans le milieu du poker. Bonne lecture !

Salut Julien, pas facile de t’attraper entre deux coverages, alors merci d’avoir accepté de répondre à mes questions.

Ancien croupier, peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a amené à devenir reporter poker ?

J'ai appris le métier de croupier en juin 2007 et j'ai été embauché à l'ACF dans la foulée. Cela s'est plutôt bien passé mais trois ou quatre spécimens ont quand même réussi à me mettre en tilt et après huit ou neuf mois de dealing, j'ai décidé de raccrocher. Il faut également rajouter que travailler en cercle demande une hygiène de vie parfaite que je n'avais malheureusement pas, mon corps a donc pas mal souffert durant cette période.

Après mon expérience à l'ACF, j'ai un peu joué online et dealé en parallèle sur des tournois à droite, à gauche. Un jour, je me suis retrouvé à assister à une émission de Club Poker radio et là Laurent (le webmaster de Club Poker) me dit qu'il va à Lyon le weekend suivant pour le PPT. Je me propose pour l'accompagner et il accepte. Je me retrouve donc le 15 mars 2008 au Lyon vert pour ce qui va être, sans le savoir à l'époque, le premier coverage d'une longue série. J'avais un avantage, je connaissais la plupart des joueurs (qui étaient des regulars parisiens). Par contre, quelle catastrophe, c'était complètement amateur et j'écrivais trois mots à l'arrachée une fois par heure entre deux verres au bar. C'était vraiment folklo à l'époque.

Quelles sont selon toi les qualités essentielles qui font un bon reporter poker ?

Je pense qu'il y a quatre qualités importantes à avoir : savoir écrire un minimum, être endurant, bien connaître le milieu et être empathique. Après ça, les différences entre reporters vont se faire sur d'autres critères : rapidité intellectuelle, aisance dans le maniement des mots, humour etc... 

Tu es toujours par monts et par vaux, combien de jours par an passes-tu en dehors de ton domicile ?

J'ai pu rester presque un an sans "chez moi", ça te donne une idée du temps passé sur les lieux de tournois. Je viens de réaménager sur Paris, ce qui est plus pratique pour le boulot et me permet de me reposer un ou deux jours entre deux tournois. Mine de rien, c'est très appréciable.

Cette vie de nomade que tu mènes est forcement parfois pesante. Est-ce qu’il t’arrive de ne plus avoir envie et as-tu déjà pensé à raccrocher ?

Cela m'a traversé l'esprit de faire autre chose, mais c'est comme une drogue, on ne peut pas s'en passer. Raconter toujours les même coups, ça n'a rien de passionnant, mais voyager et se retrouver dans des spots ballas en permanence, ça n'a pas de prix !

J'aimerais juste avoir plus de temps par moment pour décrocher, me déconnecter un peu du poker, mais c'est impossible, ma vie est dirigée par le poker.

Je vais être honnête, je ne suis pas le seul dans ce cas, mais si j'arrête, je n'ai aucune idée de ce que je pourrais faire par la suite. Je suis mort de trouille à l'idée de revenir "dans la vraie vie".

Dans ce milieu, tu perds facilement la valeur de l'argent, des trucs inaccessibles pour certains paraissent banals à tes yeux. Il faut réussir à garder les pieds sur terre, ce n'est pas facile tous les jours.

Justement, tu connais de nombreux joueurs qui gagnent beaucoup d’argent. Le vainqueur d’un gros tournoi doit gagner plus qu’un ouvrier tout au long de sa carrière. Quel regard portes-tu sur la richesse ostentatoire inhérente au poker ?

On ne peut pas dire que cela me choque, cela fait parti intégrante du milieu. C'est un milieu pourri par l'argent, il faut l'accepter quand on en fait parti. Les gros billets, les putes et la coke : c'est aussi ça qui fait le succès du poker. Même si en réalité, c'est certainement ceux qu'on voit le moins qui assurent le plus leur arrières.

A l’instar des journalistes qui couvrent Roland Garros, je te propose de décerner les prix orange et citron des joueurs de poker français. C’est à toi !

La liste pourrait être longue des deux côtés mais on va essayer de faire un choix.
Pour le prix orange, j’ai envie de répondre Arnaud Mattern. C'est un joueur très professionnel avec les médias. Il nous envoie même régulièrement les gros coups qu'il joue par SMS durant les tournois, c'est top. De plus, son attitude est souvent irréprochable à table ou en dehors de la table. Généreux, courtois, respectueux et en plus on a sensiblement le même style de jeu. J'adore ce mec !
Pour le prix citron, je le décerne presque sans hésiter à Patrick Bruel. Ce type est tout simplement imbuvable. À part si t'as des gros nichons, il t'ignore. Quand il a des jetons dans un tournoi, il fait que de parler pour ne rien dire, par contre, dès qu'il perd deux ou trois coups, il n'ouvre plus la bouche, à part pour grogner sur le croupier ou faire dégager les journalistes autour de lui. Je hais les whiners ! (ndlr : les pleureuses )

Toi qui écumes à longueur d’année le circuit professionnel, peux-tu nous faire partager un scoop ou une anecdote croustillante ?

T’imagines bien que je ne peux pas tout raconter. J'ai néanmoins une petite anecdote plutôt marrante à partager. Elle explique bien la signification du mot "balla". On est au Bahamas, en milieu de nuit, et Antony Lellouche n'a plus de cigarettes. Il va à une espèce de table highstakes de baccarat et demande au responsable "si je joue un coup il parait que vous offrez un paquet de cigarettes ?". Le gars lui répond "oui" un peu étonné. Antony s'installe à la table, perd en vingt secondes un coup à 1500$ (le minimum de la table) et obtient son paquet de clopes. Satisfait, il me dit en rigolant "75$ la cigarette ça fait un peu cher non ?".

Peux-tu nous parler du coup le plus fou auquel tu as assisté depuis que tu fais ce métier ?

Je n'ai pas de coup particulier en tête alors je vais te raconter une main qui s'est déroulée lors du dernier tournoi que j'ai couvert.

On est au tout début du tournoi et un mec a déjà perdu 8k (les joueurs débutaient avec un stack de 25k)  en cinq minutes. Il commence par relancer à 600 (aux blindes 100/200). Il se fait 3-bet à 2,6k. Et hop, il 4-bet à tapis pour 17k et quelques avec K9s. L'autre qui apparemment le connait paye avec TT et gagne le coup après déroulement d'un random board. Le mec avait K9s n'avait pas trop envie de jouer apparemment. Bah qu'il me donne les 3000 € du buy-in alors, je saurai quoi en faire.

Après dix-huit heures de coverage, on a assisté toi et moi à l’élimination (en 3 ème position) d’Antoine Saout en table finale du main event des WSOP 2009. Est-ce que ce souvenir reste comme étant le plus intense de ta carrière de journaliste poker ?

Oui, c'est la première fois que je versais une larme en assistant à un tournoi de poker. La fatigue et l'émotion m'envahissait, j'étais dans un état que je n'avais jamais connu auparavant. Ce fut un moment vraiment spécial.

Sans conteste, Benjo et toi, êtes les deux meilleurs reporters poker français. Quelle qualité a-t-il et que tu n’as pas, et inversement ?

Avant toute chose, je place mon pote Harper au dessus du lot. C'est le mec le plus doué là dedans, il est vraiment très efficace.

Pour répondre à ta question, c'est facile, la qualité principale de Benjo, c'est sa rigueur. Il ne joue presque jamais, fait très peu la fête durant les tournois et passe son temps à bosser (blog, bouquin, etc...), ce type est une machine, il est incroyable. Avec le temps, j'essaye de me calquer sur lui pour ça, mais c'est loin d'être gagné.

Une qualité que j'ai et qu'il n'a pas ? Je pense être plus "connecté" à mon environnement que lui, je me sens plus à l'aise techniquement et plus proche des joueurs. C'est vraiment l'histoire de te donner une réponse car je ne pense pas avoir beaucoup de qualités qu'il n'a pas.

Aurélien Guiglini, du team Winamax, a lancé un pari il y a quelques semaines. A savoir qu’il a annoncé qu’il donnerait 200 € à celui qui lui rapporterait une preuve que tu n’as pas été capable d’arrêter de flamber autour des tables de black-jack ou de roulette, comme tu lui as promis. Alors, ne pas gambler, c’est envisageable pour toi ?

C'est dur, mais pour le moment je tiens. J'appréhende mes deux semaines à Vegas, c'est l'enfer qui m'attend là bas avec ce pari.

Dans le paysage pokéristique français, beaucoup d’acteurs du milieu se prénomment Julien (toi le premier). Selon toi, pour avoir une chance de taper dans l’œil d’un sponsor, qu’est-ce qui  est préférable : avoir pour prénom Julien ou bien être blonde à forte poitrine ?

Être jolie, ça suffit amplement. Quand tu t'appelles Julien, tu dois faire tes preuves lol.

Je crois qu’il y a prescription maintenant…Un matin, après une nuit blanche et une session de roulette, on a disputé ensemble dans un état proche de l’Ohio un tournoi au Rio à Las Vegas. A l’approche de la table finale, j’ai couché AK alors que short stack tu as attaqué all-in ma big blind avec une poubelle. Est-ce que tu sauras t’en souvenir, quand on sera toi et moi à l’approche de la table finale du main event des WSOP ?

J'aimerais bien, ça voudrait dire que je suis bien parti dans ce tournoi ! J'achète.

Pour conclure, l’âme de SuperCaddy souhaite te poser une question : « Mon ancien propriétaire a quitté ce blog pour rejoindre le Club Poker en tant que chroniqueur. C’est un jeune homme talentueux et on ne peut plus ambitieux, qui de surcroît rêve de parcourir le monde. Combien de temps penses-tu qu’il lui faudra pour prendre ta place ? »

Supercaddy fait du super boulot, mais on ne fait pas le même métier, j'ai donc peu de soucis à me faire à niveau là. Et puis d'abord, sur quels critères ? Lol.

Publié dans Divers

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Commenter cet article

Naomi K 25/08/2010 11:55



Je tombe sur cette excellente itw à l'instant... ça balance du côté des journalistes poker! Bravo Xewod, les p'tites infos croustillantes que tu as su tiré... j'adore ;)



Valo 22/06/2010 17:17



Interview intéressant, l'honnetêté et la franchise de Julien sont des qualités qui le caractérisent bien.C'est un reporter hors paire et cela rime bien avec Club Poker.


 



Xewod 18/06/2010 13:48



Oui lol



FrenchKiss 18/06/2010 13:44



"Putes, cartes, coke & rock'n roll ! "


Rock'n roll ? t' exagères un peu la... :p


FrenchKiss



jaybee 17/06/2010 19:23



espèce de sac à tilt, rentre à la maison, y a au moins 5 de tes slips qui t'attendent !