Interview star du poker #007 (Part1) : François Montmirel

Publié le par Super Caddy

François Montmirel est un personnage singulier dans le paysage du poker français. L’admiration qu’il suscite chez les débutants trouve son corollaire dans les railleries qu’il subit de la part de joueurs confirmés.

Le respect des novices, il l’a acquis par ses livres d’abord. Ceux qu’il traduit, ceux qu’il écrit, 25 au total. Des milliers de pages qui ont formaté le jeu de quantités de débutants. Ces joueurs, nous les connaissons tous. Ils errent dans les rayons de Carrefour avec un DVD Poker Coach dans les mains, cherchant désespérément le rayon librairie où ils n’avaient jusqu’alors jamais mis les pieds. Vous surprendrez même les plus beaux spécimens en train de fredonner Poker Face de Lady Gaga.

Quand ils finissent enfin par se retrouver nez à nez avec un rayon de livres consacrés au poker, ils n’ont bien souvent guère le choix : 80% des ouvrages en français émanent du même auteur-traducteur, François Montmirel. Mais quand bien même il aurait existé une alternative, cela n’aurait strictement rien changé : ils auraient choisi un livre de François Montmirel, « ce type sympa qu’on a vu sur TF1 hier soir, peut-être chez Pernault d’ailleurs ».

 

En effet l’homme bénéficie d’une aura médiatique certaine. Qui appelle-t-on d’ailleurs lorsque l’on projette de réaliser un reportage sur le poker ? Qui est à l’origine du passage de Manub en slip dans Combien ça coûte ? Qui est contacté quand les producteurs de Casino Royale veulent traduire les scènes de poker du film ? Toutes ces questions attendent la même réponse : Montmirel. L’homme en joue d’ailleurs beaucoup, lui qui s’affirme spécialiste français du poker et s’attribue 2 titres internationaux dont personne ne se souvient.

Bref, François Montmirel a ses admirateurs. Peut-être êtes-vous d’ailleurs l’un d’entre eux, vous qui êtes caché derrière votre écran. Si tel est le cas, il est probable que vous ne l’affichiez pas fièrement. Il n’est pas de bon ton de soutenir Montmirel, particulièrement en ce moment. Si son succès ne se dément pas, il est également victime de critiques répétées, bien souvent formulées par des joueurs confirmés ou ayant au moins acquis une certaine expérience du jeu. Si ces critiques visent généralement le niveau du joueur et la qualité des écrits de l’auteur, certaines polémiques différentes surgissent parfois, comme lorsqu’il critique les joueurs de high stakes ou raconte s’être livré à un hit’n’run.

Malgré ces critiques, François Montmirel ne se démonte pas. Je me dois d’ailleurs de souligner chez lui une certaine forme de courage pour avoir accepté de se livrer ici au jeu de l’interview. Même ceux qui n’apprécient pas le personnage devront convenir qu’il est de la trempe de ceux qui ne reculent pas devant l’adversité.

Cette interview je viens de la lire. Chaque ligne transpire les qualités du personnage : passionné, bavard, réfléchi et particulièrement talentueux pour éviter les pièges qui lui sont tendus. Cet entretien ne fera changer de camp ni ses détracteurs ni ses admirateurs, mais elle permettra de mieux comprendre ce pionnier du poker en France.

Bonjour Monsieur Montmirel. Merci d’avoir accepté de répondre à mes questions ainsi qu’à celles, particulièrement nombreuses, des lecteurs du blog. A Las Vegas, vous regrettiez que 80% des questions posées par les journalistes à Antoine Saout se répétaient. Aussi ai-je privilégié des questions qui ne vous étaient jamais ou très rarement posées.

A 15 ans vous étiez déjà un joueur de poker régulier. Le premier livre que vous ayez lu était d’ailleurs un livre de poker. Pouvez-vous nous parler un peu de vos premières années de joueur et de la naissance de cette passion ?

Je me sens comme un vieux combattant ! J’ai commencé à 13 ans, en 1976, après avoir vu à la télé ce film fascinant qu’est « Le Kid de Cincinnati », avec un des acteurs les plus en vogue de ma jeunesse, Steve McQueen. Je crois que beaucoup de jeunes démarrent à cet âge-là aujourd’hui dans les parties gratuites en ligne. Mais à l’époque, c’était effectivement très jeune et j’avais du mal à trouver des adversaires. Heureusement, dans les cours de récréation il est facile de communiquer discrètement, ce qui me permettait de monter des parties le week-end chez l’un ou l’autre.

J’ai joué de l’argent dès le départ, même si c’étaient de petites sommes. Quand on n’a pas de revenus, le mot « petit » est relatif. Les différences en perte étaient de 10 à 20 francs à chaque partie dans mes 2 premières années, soit à peu près 8-16 euros actuels. C’est ensuite que j’ai attaqué des parties plus chères.

Dans cette époque préhistorique sans internet ni téléphone portable, il fallait passer des tas de coups de fil à partir des cabines pour convoquer les joueurs. J’avais toujours des cartes de téléphone avec moi, car comme vous l’imaginez, je jouais en cachette de mes parents.

J’avais des parties perdantes mais j’avais presque toujours des mois gagnants. Je travaillais énormément les tells à l’époque, d’ailleurs le poker fermé pousse à le faire, d’où ma passion pour ce sujet. Ce qui explique ce livre, « Poker Code », que j’ai publié en 2007. Je le faisais instinctivement, en fait.

En vacances, j’arrêtais de jouer mais j’emmenais toujours un jeu de cartes avec moi. Il m’est quand même arrivé de jouer sous le soleil avec d’autres ados, dont certains étaient mordus. Je me souviens d’un marchand de beignets de mon âge. Il se croyait le roi du poker ! Je l’ai battu en deux parties. Il a voulu poursuivre mais j’ai refusé parce qu’il avait tilté. Je lui ai acheté des beignets avec ses gains pour les offrir à des filles.On doit se rappeler que dans ces années, parler de poker était tabou, et qu’il était difficile pour des joueurs, surtout jeunes, de s’ouvrir de leur passion à leurs amis. Il fallait rester discret. Je me souviens qu’une fois, le père d’un de mes partenaires de jeu avait parlé à mon père des parties de poker de leurs fils respectifs. J’ai eu droit à une séance d’explications le soir… Mais comment expliquer à son père qu’on gagne au poker, ce jeu de voyous ? Depuis ce moment, j’ai été toujours discret sur ce sujet… J’ai d’ailleurs plus ou moins gardé cette religion du secret, ce qui m’a permis de côtoyer pendant dix ans des illusionnistes professionnels, comme si j’étais des leurs.

Ne vous sentez-pas parfois un peu dépassé par la vitesse à laquelle le jeu et ses codes évoluent ? Quand on voit que les meilleurs joueurs actuels ont entre 18 et 25 ans, peut-on rester à la pointe du poker quand on a commencé à jouer avant 1980 ?

Le poker a toujours évolué. Quand le Hold’em est arrivé en France, au début des années 90, il a fallu s’adapter. Puis est arrivé l’Omaha, et là encore, adaptation. Puis le Stud à 7 cartes, et une fois de plus, adaptation. En 1992, il a fallu organiser le premier Championnat de France et j’étais de la partie. Là aussi, adaptation. Le poker a toujours évolué, simplement, il évolue plus vite aujourd’hui.

Et comme le poker est devenu un marché, beaucoup plus de gens s’y intéressent, donc il existe une véritable compétition dans les différentes manières de gagner de l’argent avec le poker. Le multitabling en est un exemple, le rake-back aussi, mais les créateurs de produits connexes en donnent aussi un exemple, comme Poker Office ou les bases de données de joueurs en ligne. Une véritable nébuleuse se crée autour du poker, avec une multitude de métiers qui n’existaient pas il y a encore 5 ou 10 ans. Moi, je suis cela au jour le jour, je me tiens au courant, je pratique, et je ne me sens pas largué, vraiment pas.

En revanche, je connais certains bons joueurs de mon époque qui n’ont pas su s’adapter et qui sont « has been » aujourd’hui. Le niveau général en tournoi a tellement monté entretemps qu’ils sont devenus incapables de faire même un ITM. Par contre, ils restent plutôt bons en cash car les joueurs de la vieille école sont des lecteurs de tells et des manipulateurs redoutables.

Evidemment, certains jeunes joueurs prennent un malin plaisir à complexifier les raisonnements pour se glorifier, mais très peu les comprennent, en fait. Et je ne crois pas que ces joueurs, en tout cas dans leur majorité, soient meilleurs que les autres. D’ailleurs le vrai pro ne s’amuse pas à ce genre de fariboles. Le vrai pro du jeu ne s’explique généralement pas, ou peu, sur ses moves. Ils sont rares ceux qui écrivent dans les magazines ou les livres, comparés au nombre total. D’ailleurs dans mon cas personnel, je ne m’inclus pas dans le nombre des champions. Je suis joueur international, professionnel du poker, pas joueur professionnel. Nuance.

Après, c’est une question de génération. Je me suis toujours senti à l’aise avec des joueurs plus jeunes. Je me revois quand j’avais leur âge, avec la même fureur de gagner. Certains sont vraiment très forts. Ce sont des génies du poker. Comme le poker est ultra-répandu aujourd’hui, les vrais génies du jeu émergent plus facilement. Le jour où j’aurai peur d’affronter un jeune joueur quel qu’il soit, j’arrêterai le poker définitivement. Cela n’a pas encore été le cas.

Vous auriez vécu du blackjack durant un an au début des années 90. Pourriez-vous nous en dire plus sur cette parenthèse ? Pourquoi avoir abandonné le blackjack pour le poker ?

En 1986, après le succès de mon premier livre sur le poker, les éditions Hatier m’ont commandé un livre sur les jeux de casino, qui est sorti en 1987. J’avais justement envie de mieux connaître les casinos, alors j’ai saisi l’occasion, d’autant qu’on me payait pour ça !

C’est ainsi que j’ai visité une bonne dizaine de casinos francais : Enghien, près de chez moi, Forges les Eaux, Deauville, Trouville, Dieppe, le Ruhl de Nice, Menton, Monte-Carlo, Middelkerke, Spa… Je devais décrire et analyser tous les jeux. Je les ai donc tous pratiqués, un par un. C’est de cette manière que j’ai découvert le blackjack, qui était déjà très répandu à l’époque, depuis son autorisation officielle en 1969.

J’ai vécu du blackjack pendant presque 18 mois, pendant la crise du Golfe (1991-92). D’abord en semi-pro, puis en pro. Le poker était devenu difficile parce que les parties étaient devenues dures à monter. Ou alors, il fallait aller dans des cercles clandestins (« clandés ») ou des parties privées un peu louches, et j’ai eu quelques mauvaises expériences.

J’ai commencé à étudier le blackjack pour moi-même car j’entrevoyais des techniques. J’ai commandé aux USA quelques livres, dont « Beat The Dealer » de Thorp, que j’ai traduit plus tard. Pour tout dire, je me suis passionné pour le blackjack. Je me suis vite apercu que le blackjack de France était différent : 6 decks au lieu d’un seul ou de deux, limitation de la double mise sur les points softs, etc. Ce livre m’a donné la démarche mais pas la méthode. C’était l’époque des premiers ordinateurs individuels Mac compacts. Ils coûtaient une petite fortune : 25.000 F. Je m’en suis acheté un pour faire mes calculs. Ca m’a pris 6 mois. A la fin, j’avais des centaines de tableau Excel et j’avais étudié tous les cas jusqu’à 6 cartes par main.

C’est à partir de ce corpus que j’ai mis au point mes propres tirages. J’ai passé de longues nuits au casino d’Enghien à tester ma méthode de comptage de cartes. J’étais très sérieux, je marquais mes résultats et mes impressions après chaque séance. Je me souviens de cette photo du génie US Ken Uston, à sa table de travail, avec ses tas de cartes de hauteurs différentes devant lui. Ce type était un exemple pour moi, il avait inventé le travail en équipe à la fin des années 1970.

J’avais 28 ans et je venais de divorcer d’une femme devenue invivable, ce qui décuplait mon envie de casser la baraque. J’ai affiné ma méthode, puis je suis passé au comptage physique. Très très dur. A force de travail, j’étais capable de compter un deck de 52 cartes en 16 secondes à l’entraînement, donc deux fois plus vite qu’un croupier rapide. A cette vitesse, vous ne comptez plus, vous identifiez, ce qui est une sensation étrange. Après quoi, j’ai enchaîné les tournées, surtout dans le Benelux et à Londres. Elles duraient entre une semaine et quinze jours.

Un soir, à Enghien, j’ai rencontré un Canadien qui avait aussi beaucoup travaillé le blackjack et nous nous sommes liés d’amitié. Nous avons travaillé en binôme pendant trois mois. Plus tard, il s’est fait repérer et a été interdit de casinos. Il existait à l’époque un organisme appelé « Casino Monitoring » qui fichait les joueurs suspects. Je n’en ai jamais fait partie parce que j’ai toujours arrêté au bon moment. J’ai cependant un fait de guerre à mon actif : le 29 février 1992, je me suis fait virer du casino d’Enghien. Je voulais tester leur système de surveillance alors je me suis mis à prendre des notes tout en jouant. Ca n’a pas trainé… On m’a fermement poussé vers la sortie. Peu importe, puisqu’Enghien n’était pas le casino idéal pour exploiter ma méthode.

Les meilleurs étaient le Victoria de Londres (4 jeux au lieu de 6 et pourboire interdit) et Middlekerke, ou Blankenberge, sur la côté belge, parce qu’ils autorisaient les side-bets sur l’assurance. Dans certains cas de déséquilibre du sabot, vous aviez jusqu’à 11% d’edge ! C’est énorme. Si vous faites une montante sur ce pari, vous pouvez ramasser un gros paquet certains soirs.

La clé est de savoir s’arrêter. Si vous avez gagné un peu, le casino vous accueille à bras ouverts le lendemain. En fait, j’avais créé la règle du « 2-shots » : on gagne un soir, puis on remet ça le lendemain car les casinos savent que les gagnants reperdent. Seulement on revient pour gagner encore. Si la soirée est dure, on perd un peu et on repart incognito après un séjour bénéficiaire. Sinon, on gagne encore mais en plafonnant et en fanfaronnant, comme si on avait une chance incroyable. J’adorais jouer les fanfarons tout en comptant les cartes.

Je suis revenu au poker parce qu’un jour en Allemagne, j’ai appris qu’il y aurait un tournoi de Poker à Londres, et un autre en Autriche. J’ai donc fait le Festival of poker de Londres en juillet 1992, puis le Poker’EM d’Autriche, à Graz, en octobre. J’ai senti que la vague du poker de compétition commencait à se soulever et j’ai arrêté progressivement le blackjack. Le poker est plus varié que le blackjack, le jeu est moins mécanique. Au poker, les fish étaient nombreux en Autriche. C’est l’époque où j’ai publié un livre en 2 tomes, « Poker Gagnant ». Le tome 2 était le premier livre en francais consacré au poker ouvert. Je souris aujourd’hui quand je le relis, car j’appelais le Hold’em « Vegas », qui est l’appellation que lui donnent encore les joueurs anciens.

J’ai découvert en préparant l’interview que vous aviez essayé de créer vos propres systèmes pour jouer à la roulette. Vous avez également écrit à propos de nombreux autres jeux de casino, comme par exemple le keno. Est-il réellement possible d’établir une stratégie gagnante au keno ?

Le Keno, c’est à un moment où ce jeu était très à la mode en France et où mon ami Vandervelde, un éditeur belge spécialisé dans le turf, cherchait un auteur pour lui pondre une méthode. Je me suis dévoué, mais je reconnais que le résultat n’est pas heureux. Ma méthode ne visait pas à gagner mais à perdre le moins possible. C’est une erreur de parcours et je l’assume !

Concernant la roulette, oui, je m’y suis aussi intéressé mais beaucoup moins qu’au blackjack. C’est le jeu de casino par excellence. Au casino, le joueur a 3 faiblesses : mathématique (le jeu est déséquilibré en sa défaveur), psychologique (il peut tilter) et financière (le casino a des moyens qui peuvent résister contre une malchance tenace, pas lui). Les ayant identifiées, je ne me suis pas intéressé à la première qui est structurelle, ni à la deuxième qui m’était déjà acquise grâce au self-control du poker, mais à la troisième. C’est le coté méthodes, martingales qui m’intéressait, pour vaincre la suprématie financière du casino.

L’erreur de base de la plupart des méthodes est de penser qu’il y aura forcément un retour à l’équilibre des chances. Or c’est mathématiquement faux. Si, sur le long terme, les écarts à la moyenne tendent vers zéro, ils ne le font qu’en valeur relative. En valeur absolue, les écarts moyens ne font que croître. Si vous passez de 100 boules à 10.000 boules, l’écart moyen n’est pas multiplié par 100 mais par la racine de 100, donc 10. L’écart augmente toujours vers l’infini mais en dérivée seconde négative, suivant une progression logarithmique. Et plus une valeur s’écarte de la moyenne, moins il est probable qu’elle repasse par la moyenne (fonction ArcSinus). La plupart des joueurs de roulette sont incapables de comprendre cela, et vont s’acharner à parier sur des numéros qui sont « en forme » (fréquence supérieure à la moyenne) ou, au contraire, « en retard ». Les deux ont tort, bien sûr.

Des grosses têtes se sont penchées sur le problème de la roulette. Il faut chercher la solution dans la gestion des mises. On doit proscrire les montantes en perte et privilégier les montantes en gain (plus on gagne, plus on mise, donc on rejoue les gains au lieu de creuser des pertes).

Il existe une méthode qui gagne en théorie si on se donne un plafond, c’est la Labouchère inversée. Jouée sur les 6 chances simples à la fois, elle gagne dès qu’une chance s’écarte assez longtemps autour de 33% de sortie au lieu de ses 50% normaux. Par exemple, sur 100 boules, on a 67 noires et 33 rouges. Cela arrive de temps en temps, mais jamais sur de longues séries. Une cinquantaine de boules suffisent pour dégager des sommes énormes. C’est la méthode utilisée par l’auteur de « 13 contre la banque » dans les années 1970. Il faut croire qu’elle marchait puisque les casinos ont baissé drastiquement le plafond des mises, ce qui rendait la méthode impossible à exploiter.

Le plus sûr moyen reste l’attaque physique, en prévoyant un secteur où la bille a le plus de chance de tomber. Je l’ai découvert comme simple spectateur dans « Des ordinateurs contre Las Vegas ». On en a beaucoup entendu parler dans l’actualité à l’époque, et encore récemment avec l’arrestation d’un gang international. Aujourd’hui, j’ai totalement abandonné mon étude de la roulette.

Votre blog poker est expressément présenté comme la référence nationale, le leader des blogs poker francophones. Dans le même temps, xewod présente le sien comme le blog poker n°1 en France. Qui ment ?

Personne ne ment ! Mon blog est la référence parce qu’il est l’un des plus anciens (janvier 2006) et que quand je l’ai créé, beaucoup d’autres se sont créés sur mon modèle. Les blogs sont tellement fluctuants qu’il est difficile de dire qui est n°1. Moi, ca ne me gène pas que Xewod marque qu’il est n°1. C’est un blog de qualité, il mériterait d’être n°1 s’il ne l’est pas ! C’est aux internautes de décider.

Je crois qu’en la matière, on ne trompe pas l’internaute. Il est assez grand pour voir si un blog est de qualité ou si c’est une coquille vide qui n’existe que par ses affiliations. Vous remarquerez à ce propos que je n’ai pas une seule affiliation sur mon blog. Je ne veux pas favoriser des sites de jeu dont je ne sais rien, en fait.

Sur votre blog justement, vous vous présentez en tant que « french poker specialist since 1984 », autrement dit spécialiste du poker depuis 1984. Que signifie concrètement cette appellation ? Quelles sont les qualifications requises pour qu’un joueur lambda, moi par exemple, puisse se proclamer spécialiste français du poker ? Enfin, question subsidiaire : pourquoi depuis 1984 ?

Bien sûr que vous le pouvez, n’importe qui le peut ! Il faut juste être crédible.

1984 est la date de la sortie de mon premier livre aux éditions Hatier, quand j’avais 20 ans. Depuis ce temps-là je m’intéresse principalement au poker. Je ne compte plus les journalistes qui m’ont interviewé, les éditeurs qui m’ont demandé des traductions ou des textes nouveaux… Dans la mesure où je me suis spécialisé dans le poker, oui, je suis spécialiste du poker et je le revendique. Je me glorifie de faire partie de ces joueurs un peu connus qui ont commencé le poker longtemps avant le boom de l’internet, quand nous n’avions rien d’autre que le jeu lui-même à revendiquer.

Votre curriculum vitae de joueur fait état de deux titres internationaux. Pourtant les palmarès des WSOP, WPT, EPT et autres tournois du circuit international ne font jamais mention de votre nom. Faut-il y voir la conspiration d’une intelligentsia du poker qui aurait effacé vos victoires pour vous discréditer ?

Bien sûr que non… Simplement, j’ai gagné ces titres avant que les WPT et l’EPT n’existent. C’était dans les quinzaines internationales de l’ACF.

Je n’ai jamais participé à un main event WPT, EPT ou WSOP. J’ai fait certains sides, mais les main event sont trop chers pour ma bankroll, et comme vous l’avez remarqué, je préconise une gestion de bankroll draconienne. Donc je l’applique aussi à moi-même. Pour jouer dans les EPT à 8.000 euros, il me faut une bankroll de 300K euros environ et je ne l’ai pas. Je préfère jouer des tournois à 500 ou 1.000 euros que des tournois à 5.000 ou 10.000 qui sont disproportionnés par rapport à ma bankroll. Je les laisse aux joueurs sponsorisés, aux qualifiés et aux professionnels indépendants.

Compte tenu de votre passion, de votre expérience ou encore de vos nombreuses années à écumer le circuit, quelles sont selon vous les raisons qui justifient l’absence de performances majeures à votre palmarès ? Faut-il y voir la part trop importante que représente la chance dans ce jeu ou l’impossibilité d’atteindre le long terme à l’échelle d’une vie ?

C’est un prolongement de ma réponse précédente. Si j’avais 25 ans et pas de charge de famille, je foncerais tete baissée dans le multitabling, le poker intensif et je monterais progressivement une bankroll qui me servirais pour les gros tournois live. Mais j’ai pris du recul sur la vie, j’ai beaucoup bourlingué quand personne ne s’intéressait au poker. Ce n’est pas maintenant que tout le monde s’y intéresse que je vais jouer les champions et foutre en l’air ma qualité de vie. Je vis en couple, j’ai une fille, je veux m’occuper de tout ça. J’ai joué à outrance il y a dix-vingt ans, je ne vais pas faire les vieux chevaux de retour.

Mon choix a été de créer une entreprise, ma maison d’édition Fantaisium, fin 2006, pas de devenir joueur pro.

Cela implique de consacrer mon temps à autre chose qu’aux tournoi et, par voie de conséquence, de ne pas figurer dans les grands palmarès. Je fais une petite perf de temps en temps, et si j’aspire toujours à en faire une plus grosse un jour (c’est pourquoi je vais aux WSOP chaque année pendant 15 jours), je ne me fais aucune illusion. J’ai encore gagné un side à 250 au Barrière Poker Tour de Bordeaux en septembre dernier, mais cela ne fait pas de moi un champion, juste un joueur honorable.

Vous avez déclaré : « Patrick Bruel, on aime ou on aime pas, mais force est de constater que ceux qui vivent du poker en France lui doivent tous quelque chose ». Pensez-vous que cette définition pourrait également vous correspondre ?

Moins qu’à lui, parce que ceux qui lisent des livres sont beaucoup moins nombreux que ceux qui regardent la télé.

Passons maintenant aux questions des lecteurs du blog. Comme je le disais, elles ont afflué en un temps record. J’ai donc choisi d’en sélectionner plus que les deux questions habituelles réservées aux lecteurs. En préambule il est important de préciser que ces questions émanaient à la fois de détracteurs et d’admirateurs, même si compte tenu de la ligne éditoriale que je m’impose les questions choisies font partie des plus incisives.

Ainsi un certain nombre de questions concernaient votre niveau online. C’est le cas de celle posée par ylm : « Quel est votre niveau en cash game online ? (NL10, NL100, NL400 ?). Par ailleurs quel est votre volume de jeu mensuel ? »

Mes réponses précédentes rendent cette question sans objet. Je ne joue que quand ma famille, ma société et l’Ecole Francaise de Poker m’en laissent le temps, donc pas assez pour que je puisse parler de « volume de jeu » ou de niveau. Ce serait outrecuidant de ma part de me situer par rapport à ça.

Je ne joue plus en cash-games online. J’ai commencé le online en 2003 sur PokerRoom, c’est d’ailleurs là que j’ai croisé un débutant sur la table à $1.000, le seul autre Français en fait, un certain Fougan. Cette table est devenue trop forte pour moi au fil des mois, aussi j’ai descendu jusqu’à la 200 où j’arrivais à dégager des gains. Mais c’est fini aujourd’hui. Je joue essentiellement des Sit&Go maintenant.

Stefal a récemment réalisé sur ce blog une chronique plutôt positive consacrée à votre dernier ouvrage, Poker Duel. Il souhaiterait savoir ce que vous inspire cette pensée : « François Montmirel est au poker ce qu’André Rieu est à la musique classique ».

Ah ah, sacré Stefal ! Cela peut vouloir dire plusieurs choses, autant du bon que du mauvais. André Rieu n’est pas un créateur et il tire le plus de profit possible de ses interprétations d’œuvres classiques. J’estime être davantage créateur que lui. « Poker Cadillac », « Poker Code », « Poker Duel » comportent des concepts qui n’existaient pas auparavant.

Quant à monétiser le poker, j’estime faire un travail d’artisan comme tous les éditeurs de France, et, que je sache, je n’ai jamais vendu de texte nul dans le seul but de faire de l’argent. Sinon, j’aurais vendu du porno ou des textes sur les régimes amaigrissants, sur le développement personnel de bas étage, que sais-je ! Tous les textes que j’ai vendus avaient une utilité dans le poker (hormis « Poker Trash », mais c’est un texte expérimental !). J’aurais plus de scrupules à diriger une room en ligne qu’à diriger une maison d’édition spécialisée dans le poker comme c’est mon cas actuellement.

Gr1nder souhaiterait connaître vos prochains projets d’écriture ou de traduction. Il s’interroge également sur les raisons qui vous ont poussé à accepter cette interview.

Mes projets : j’en ai constamment. Le problème, c’est que je ne peux parler que de ceux qui sont « dans la seringue », comme on dit. Début 2010, je vais publier le fameux livre de Negreanu sur le Small Ball, qui portera le titre « Poker Power ». C’est un livre très différent des autres, et ce sera le premier de Negreanu en français. Puis un livre de Mike Caro, « Poker Arsenal », dans lequel il réunit ses concepts les plus novateurs. Pour ceux qui ne connaîtraient pas Mike, c’est un pionnier dans la pédagogie pokérienne et l’auteur du livre « Poker Tells ». Il y aura aussi un livre sur lequel j’ai flashé immédiatement, consacré aux rapports entre le poker et le Tao. C’est un vrai livre de recul philosophique par rapport au poker, à la lumière des préceptes du Tao.

A titre personnel, j’ai un texte en cours qui devrait paraître début 2011, sur un sujet technique jamais abordé encore.

Pourquoi j’ai accepté cette interview ? Parce que je n’en ai jamais refusé de ma vie. Je ne vais pas commencer aujourd’hui.

Vous êtes également le co-fondateur de l’Ecole Française de Poker et en êtes aujourd’hui le directeur scientifique. En quoi consiste votre rôle ? Quels sont les projets de l’EFP dans les mois qui viennent ?

L’EFP est de plus en plus active. Elle a mis au point un véritable cursus basé sur les compétences à acquérir pour passer d’un niveau à un autre (nous avons identifié et défini précisément 3 niveaux). Mon rôle consiste à encadrer les activités pédagogiques de l’Ecole et à y participer activement. Nous avons une Team qui donne leur chance dans les tournois live à quelques jeunes formés par l’Ecole. Nos 216 Hold’em master class ont réuni plus de 15 grands champions internationaux, dont Greg Raymer, Tom McEvoy, David Sklansky, Bill Chen, Pascal Perrault… Elles sont en ligne et gratuites pour la plupart, sur www.ecolefrancaisedepoker.fr. A partir de ce format, nous avons généré les 20 master class de Winamax avec Michel Abecassis.

Il y a aussi des quiz en ligne et nos articles réservés à nos abonnés premium. Chose unique, l’EFP a des ateliers live dans les antennes locales à Lille, Bordeaux, Marseille, Lausanne, La Réunion notamment. Actuellement, nous développons un site vidéo qui nous sert à héberger nos vidéos commentées, www.lepoker.tv. Nous avons aussi créé un outil paramétrable qui fourni des milliers d’infos en temps réel sur les prochains tournois tant live qu’online, comme les structures utilisées, etc. C’est www.poker-agenda.fr.

Nous développons actuellement notre contenu pédagogique avec des professeurs supplémentaires intervenant dans une application de type web-TV. Nous avons toujours des compétitions en cours (actuellement, le Fight Club 5 et le SNG Masters 2), et en février 2010 aura lieu le premier IOPO (Indian Ocean Poker Open), première compétition de poker de l’Océan Indien, sous l’égide de l’EFP.

J’en profite pour vous soumettre une question posée par olbatar, qui est un peu le directeur scientifique du zoo sur le Club Poker et qui manifestement a épluché vos ouvrages dans le détail puisqu’il s’interroge sur l’intérêt stratégique de certains points développés dans vos ouvrages, comme par exemple l’intérêt de détailler la liste des flops sans brelan dans Poker Cadillac.

Pas de panique sur le mot « scientifique », c’est juste un terme du jargon du monde de la formation qui signifie en réalité « pédagogique ». D’ailleurs, je préfère le mot « directeur pédagogique »…

C’est naturel chez moi, j’aime bien expliquer à fond les choses. Je ne veux pas obliger mon lecteur à gober tout cru ce qu’il lit. Je veux qu’il comprenne de quoi je parle parce que j’ai trop souffert par le passé, comme lecteur, d’auteurs qui n’allaient pas au fond des choses et qui laissaient leur lecteur sur une frustration. Si j’ai montré les flops « in extenso », c’est pour mettre en évidence un élément qui me semble important : quand on possède J-J en main, on a en gros une chance sur deux d’avoir un flop gênant, donc un flop qui comporte un As, un Roi ou une Dame.

C’est amusant parce que j’ai eu plusieurs fois l’observation inverse, à savoir des lecteurs me disant qu’ils avaient apprécié de voir la liste des flops possibles parce que cela les avait aidés à comprendre les proportions en présence. Je pense que si cela peut gêner un lecteur, cela en aide 9 autres.

Les auteurs des deux questions sélectionnées se verront offrir deux cadeaux qui seront des livres de François Montmirel, à savoir : Poker de tournoi plus & Poker Duel.

La 2 ème partie de cette interview sera publiée dans quelques jours.

 

Publié dans Interviews de Stars

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arlesienne 06/12/2009 14:06


Enuayant à souhait, on s'attendait à des reponses moins soporifiques et plus de repartie.


tom haik 05/12/2009 05:51


C'est reparti à l'instant sur 6 tables!


easyyyy 04/12/2009 20:27


"je préconise une gestion de bankroll draconienne" ....  "Pour jouer dans les EPT à 8.000 euros, il me faut une bankroll de 300K euros environ"




stefal 04/12/2009 17:40


Le billet de l'année de ce blog. J'ai pris autant de plaisir à lire l'introduction que les questions et les réponses.
Si il existait une anthologie de la blogosphère (appel du pied à Eiffel le spécialiste), nul doute que cet article y figurerait.
Quant à la réponse à ma question, elle est très judicieuse car je n'avais pas mesuré l'aspect créatif de la comparaison. Maintenant, la parole est à Rieu.
Je vais pondre un article pour Voici: " Montmirel déclare: André Rieu n'est pas créatif".