Interview star du poker #007 (Part2) : François Montmirel

Publié le par Super Caddy

François Montmirel est un personnage singulier dans le paysage du poker français. L’admiration qu’il suscite chez les débutants trouve son corollaire dans les railleries qu’il subit de la part de joueurs confirmés.

Le respect des novices, il l’a acquis par ses livres d’abord. Ceux qu’il traduit, ceux qu’il écrit, 25 au total. Des milliers de pages qui ont formaté le jeu de quantités de débutants. Ces joueurs, nous les connaissons tous. Ils errent dans les rayons de Carrefour avec un DVD Poker Coach dans les mains, cherchant désespérément le rayon librairie où ils n’avaient jusqu’alors jamais mis les pieds. Vous surprendrez même les plus beaux spécimens en train de fredonner Poker Face de Lady Gaga.

Quand ils finissent enfin par se retrouver nez à nez avec un rayon de livres consacrés au poker, ils n’ont bien souvent guère le choix : 80% des ouvrages en français émanent du même auteur-traducteur, François Montmirel. Mais quand bien même il aurait existé une alternative, cela n’aurait strictement rien changé : ils auraient choisi un livre de François Montmirel, « ce type sympa qu’on a vu sur TF1 hier soir, peut-être chez Pernault d’ailleurs ».

En effet l’homme bénéficie d’une aura médiatique certaine. Qui appelle-t-on d’ailleurs lorsque l’on projette de réaliser un reportage sur le poker ? Qui est à l’origine du passage de Manub en slip dans Combien ça coûte ? Qui est contacté quand les producteurs de Casino Royale veulent traduire les scènes de poker du film ? Toutes ces questions attendent la même réponse : Montmirel. L’homme en joue d’ailleurs beaucoup, lui qui s’affirme spécialiste français du poker et s’attribue 2 titres internationaux dont personne ne se souvient.

Bref, François Montmirel a ses admirateurs. Peut-être êtes-vous d’ailleurs l’un d’entre eux, vous qui êtes caché derrière votre écran. Si tel est le cas, il est probable que vous ne l’affichiez pas fièrement. Il n’est pas de bon ton de soutenir Montmirel, particulièrement en ce moment. Si son succès ne se dément pas, il est également victime de critiques répétées, bien souvent formulées par des joueurs confirmés ou ayant au moins acquis une certaine expérience du jeu. Si ces critiques visent généralement le niveau du joueur et la qualité des écrits de l’auteur, certaines polémiques différentes surgissent parfois, comme lorsqu’il critique les joueurs de high stakes ou raconte s’être livré à un hit’n’run.

 

Malgré ces critiques, François Montmirel ne se démonte pas. Je me dois d’ailleurs de souligner chez lui une certaine forme de courage pour avoir accepté de se livrer ici au jeu de l’interview. Même ceux qui n’apprécient pas le personnage devront convenir qu’il est de la trempe de ceux qui ne reculent pas devant l’adversité.

Cette interview je viens de la lire. Chaque ligne transpire les qualités du personnage : passionné, bavard, réfléchi et particulièrement talentueux pour éviter les pièges qui lui sont tendus. Cet entretien ne fera changer de camp ni ses détracteurs ni ses admirateurs, mais elle permettra de mieux comprendre ce pionnier du poker en France.

Lire la 1 ère partie de l'interview.

Venons en maintenant à votre dernier ouvrage paru récemment. Il s’agit de Poker Duel, intégralement consacré au Heads Up. Vous avez fixé à 30 euros le prix de ce livre, ce qui est un coût tout à fait raisonnable compte tenu du volume de l’ouvrage (560 pages). Est-ce une manière de reconnaître que le prix de vos livres précédents était trop élevé ? Pourquoi cette baisse de coût et, d’une manière plus générale, pourquoi les coûts des ouvrages en français sont-ils si importants en comparaison des prix pratiqués sur le marché américain ?

Il y a plusieurs questions ici.

D’abord concernant le prix de « Poker Duel ». Oui, j’ai voulu ce prix peu élevé parce que le tete-à-tete n’est pas très répandu et j’estime qu’un prix trop élevé aurait été un frein à la vente. C’est donc une raison purement marketing. J’ajoute qu’étant auteur du livre, je suis payé sur les droits d’auteur, mais aussi sur les bénéfices qu’il aide à générer pour l’entreprise. Donc je n’ai pas de raison de mettre un prix très élevé pour ce livre-là.

Ce n’est pas reconnaître que les livres précédents étaient trop chers, simplement quand il s’agit d’une traduction, les frais sont plus élevés, pour 4 raisons. Là, on entre dans mon métier d’éditeur.

1) Il faut payer des avances élevées à l’éditeur d’origine, et l’avance de trésorerie a un coût.

2) Il faut payer un traducteur, et les bons traducteurs coûtent cher parce qu’ils font un bon travail. Notez que traduire un livre comme « Poker Harrington 1 », par exemple, prend environ 3 mois à temps plein.

3) Le taux de royalties est élevé. Je peux même le révéler : il est de 18% sur le prix public HT, et quand vous savez que je laisse aussi 57% au diffuseur et 5,5% à l’état au titre de la TVA, il ne reste plus grand-chose pour assurer la fabrication et le bénéfice final. La seule manière de faire perdurer ce type d’ouvrages est donc d’élever le prix de vente, mais pas au-delà du tolérable. C’est pourquoi les Harrington et les Sklansky sont à 35 euros, et le Brunson à 50 euros. Notez que, vu la qualité de ces textes, on ne peut pas dire que ce soit du vol. D’ailleurs le public ne s’y trompe pas : j’ai dû réimprimer « Poker Harrington 1 », ce qui porte le tirage total à 13.000 exemplaires, chiffre important pour un livre aussi spécialisé. Et je devrai le réimprimer l’an prochain. S’il se vend bien, c’est parce que des joueurs l’ont apprécié et le conseillent à d’autres personnes. Un succès de niche comme cela est toujours synonyme de qualité.

4) Pour essayer de réduire les frais de fabrication, au lieu de réduire la qualité du livre en tant qu’objet, je préfère augmenter le tirage de départ. Cela fait une facture d’imprimeur plus élevée, donc une immobilisation de trésorerie plus longue, ce qui coûte, comme je l’ai déjà indiqué.

Maintenant, la question de la différence de prix entre les marchés US et France. Là aussi, plusieurs raisons : pas de traduction à payer aux USA, taux de droit d’auteur plus faibles, mais aussi et surtout, tirages nettement plus forts, ce qui réduit drastiquement les coûts unitaires. J’ajoute que le dollar a nettement baissé par rapport à l’euro. Un livre qui coûte $25 est payé par un Français qui commande sur internet quelque chose comme 18 euros, port compris.

Vous vous décrivez comme un grand amateur de poker en tête à tête, discipline à laquelle vous vous êtes adonné pour la première fois en 1982. Etes-vous aujourd’hui un pratiquant régulier du Heads Up et est-ce la raison qui vous a poussé à publier Poker Duel ?

Si j’ai écrit « Poker Duel », c’est que je n’étais pas satisfait de ce qui existait comme articles sur le HU, les auteurs tournaient en rond sans rien dire de novateur, à part pour la théorie SAGE qui est une véritable avancée pour les fins de matches. Après avoir publié « Poker Code », fin 2007, j’ai donc retroussé mes manches et je me suis mis au travail.

En 1982, j’ai joué au tete-à-tete par défaut, parce qu’il y avait pénurie de joueurs ! J’avais 19 ans et j’avais en face de moi un mordu du poker, un Anglais de mon âge qui voulait à tout prix me battre. Nous avons joué au Stud5 deux séances de suite et je l’ai rétamé complètement. En fait, je n’avais aucune technique du heads-up, comme vous vous en doutez, puisque je le découvrais. Mais j’apprends vite, et au bout d’une heure de jeu, je maitrisais les concepts principaux. A l’inverse, son jeu est resté erratique, et je reniflais à 100 m les pièges grossiers qu’il me tendait. Il a perdu 1.350 F en tout, presque un SMIC, et ne m’a rien payé. Je ne l’ai plus jamais revu. S’il lit cette interview, qu’il sache que je ne le lui réclamerai pas cette dette !

Aujourd’hui, je pratique régulièrement le HU en ligne et en live, uniquement en THNL, mais pas comme un forcené à l’image d’un Camile capable d’en aligner 54 en une journée ! Pour moi le poker doit rester un plaisir, donc je joue au HU pour le plaisir, quand j’en ai envie.

Cela ne m’empêche pas de relever des défis. A la sortie du livre, le forum spécialisé PK2P m’a convié à un tournoi de HU. Je l’ai fait, il y avait 28 joueurs et j’ai terminé 2e. En live aussi le HU est un plaisir pour moi. Le 21 novembre, le club de Chelles m’a invité pour une série de doubles HU (je joue deux joueurs à la fois). J’ai enfilé 11 matches et j’en ai gagné 10.

Je déplore que le championnat du monde de HU ne paie qu’à partir du 4e match gagné. Cela ajouté à un buy-in de 3.000 euros, suffit à me dissuader d’y participer. Il n’est pas impossible que je participe au World Heads-up championship WSOP à $10.000 (6.600 euros) parce que cette épreuve paie à partir du 2e match gagné.

Le heads-up est une discipline exigeante. Pour moi, c’est le point de rencontre du poker et de jeux d’affrontement « nobles » comme le go ou les échecs. Quelqu’un qui ne connaît rien au poker mais qui connaît les échecs mettra du temps à s’intéresser au spectacle d’une partie à table pleine. Mais si cette personne regarde du poker HU, elle retrouve un environnement familier de face-à-face et je pense qu’elle comprendra beaucoup plus facilement ce qui se passe. D’ailleurs regardez les retransmissions télé de matches de HU et vous verrez que cela fait des spectacles plus accessibles au grand public parce que plus compréhensibles.

Une bonne partie du livre est consacrée au récit des aventures de Camile, un joueur confirmé de Heads Up bien connu sur la toile. On trouve également sur votre blog en guise de promo une citation de Nicolas Dervaux : « Je le conseille à tous les joueurs souhaitant pratiquer le HU ». Pourquoi vous appuyer sur ces référents alors que votre expérience et vos nombreux ouvrages devraient suffire à vous légitimer ?

« Une bonne partie »… 13 pages sur 560, donc moins de 3%.

Pour tous mes livres, je cherche des ouvertures. Je veux que le lecteur en ait pour son argent, je veux qu’il entende plusieurs sons de cloche.

Regardez mes livres depuis « Poker de Tournoi », vous verrez qu’il y a toujours des interviews à l’intérieur. Ce qu’a écrit Camile dans son blog, et que j’ai repris dans mon livre avec sa permission, je n’aurais pas pu l’écrire parce que je n’ai pas la même approche du HU que lui. Cela enrichit le livre.

Quant à la citation de Nicolas, je l’ai mise sur mon blog parce que j’en suis fier. Nico est un des meilleurs joueurs de HU français et il m’a envoyé cette opinion. J’en mesure toute la valeur venant de lui, qui est quelqu’un de discret et de mesuré. D’ailleurs je vous suggère de lire son livre qui vient de paraître, « Le poker à toute blind ».

Parmi les nombreux livres que vous avez traduits, on trouve même « Poker pour les Nuls ». Vous arrive-t-il vous-même d’apprendre encore des choses à l’occasion de telles traductions ?

Pas vraiment, je l’avoue ! Il s’agit de commandes d’éditeurs grand public qui cherchent un « nom » pour la traduction. Je préfère que ce soit moi plutôt qu’un autre. Mais en l’occurrence, ce n’est pas un mauvais livre pour celui qui n’y connaît rien.

On m’a aussi proposé de traduire des livres ineptes sur le poker. J’ai refusé, bien sûr.

On l’ignore souvent mais vous avez également une activité de coach auprès de certains joueurs. Pouvez-vous nous en dire plus sur la façon dont vous procédez et le type de joueurs auxquels vous enseignez ?

En ce moment, je ne coache personne faute de temps. Mais je vais m’y remettre si on me le demande.

Le coach n’est pas un prof. C’est un accompagnateur. Si le joueur a besoin d’un prof, je le lui dis franchement après l’avoir vu jouer et on procède autrement, par cours.

Le coaching que je pratique repose sur une confiance mutuelle totale. Le joueur doit tout me dire et je dois tout lui dire. S’il me cache des choses, mon diagnostic peut être faux et on risque de travailler des éléments pour rien, de faire fausse route. De même, si je n’ai pas le courage de lui dire ce qui ne va pas, l’impact de mon coaching sera limité, voire néfaste.

Le travail de coaching en poker peut prendre plusieurs formes, mais la plupart du temps il s’exécute dans le temps, sous forme d’exercices avec moi et d’application en jeu que le coaché exécute seul ou en ma présence, c’est selon. Un coaching peut durer 6 mois avant de produire des résultats.

Vous considérez que le sens du jeu et l’opportunisme sont les principales qualités d’un bon joueur de poker. Est-ce ce même instinct, ce sens inné de l’opportunisme, qui vous a conduit il y a quelques années, alors que les poker rooms commençaient à se multiplier, à refuser de faire le pari du poker en ligne malgré une proposition très alléchante de Party Poker ? Est-ce la décision de votre carrière qui vous laisse le plus de regrets ou est-elle supplantée par la couverture de Poker Code ou la publication de « Poker, passer pro » de Manuel Bevand ?

Amusante, cette question, pour qui sait lire entre les lignes !

Cette histoire de PartyPoker me sert de boutade. Il y a 6 mois, je la racontais à un joueur très célèbre de ma génération, et il m’a raconté qu’il lui était arrivé la même chose avec une autre room. Lui aussi avait refusé ! Vous savez, quand j’ai pris une décision, je l’assume pleinement et je tourne la page. C’est un aiguillage. Je ne regrette pas mes décisions, jamais. C’est peut-être ce qui explique que je tilte rarement, comme l’ont remarqué ceux qui m’ont déjà joué.

Ce que je veux dire, c’est qu’en refusant cette proposition je n’ai pas refusé le pari du poker en ligne mais une offre qui me paraissait trop belle pour être vraie. Comme tout le monde à ce moment-là, j’ai sous-estimé l’ampleur qu’allait prendre le jeu en ligne. Cette proposition sonnait comme un gadget. C’est vrai que maintenant, le type qui me l’a faite a un problème à régler chaque année, un énorme problème : choisir la couleur de sa prochaine Ferrari ! (ou Porsche, Lamborghini, etc., ça dépend des jours)

On doit se méfier de l’opportunisme. Il est indispensable, mais en avoir trop c’est jouer des coups qu’on n’aurait jamais dû jouer. On passe la ligne jaune. Il faut trouver le bon équilibre, ce n’est pas facile.

Quant à la couverture de « Poker Code » et le livre « Poker, passer pro », ni l’un ni l’autre ne me causent le moindre regret, j’assume. Et si c’était à refaire, je le referai.

Après une première controverse liée à une apologie du hit’n’run sur votre blog, vous avez récemment créé une nouvelle polémique en commentant sur votre blog les derniers évènements en cash-game highstakes, en particulier en critiquant durement Isildur1 (« quel fish ! », « grosses bourdes »). Regrettez-vous certains de vos propos ? Pensez-vous, comme le suggèrent certains, qu’il faille s’être déjà soi-même assis à des tables high-stakes pour pouvoir commenter de tels coups ou critiquer de tels joueurs ?

Je voudrais juste rectifier une chose : en aucun cas je ne fais l’apologie du hit and run. J’ai expliqué qu’une fois dans ma vie, j’ai fait un hit and run tout en le déplorant, mais j’ai clairement expliqué pourquoi je l’ai fait. Voici l’adresse de cet article.

Maintenant concernant la polémique autour d’Isildur1, oui, c’est vrai que je suis allé un peu loin en le traitant de fish. Mais je voulais secouer un peu le cocotier pour tous les jeunes joueurs qui adulent certaines étoiles filantes du poker alors qu’elles font un peu n’importe quoi. D’ailleurs ce joueur a de sérieux problèmes de bankroll actuellement, et je ne souhaite qu’une chose : qu’il joue à son niveau de bankroll.

Ce n’est pas une honte de baisser de buy-in (en l’occurrence, il s’agit de passer de $200K à $20K !) pour consolider sa bankroll et acquérir de l’expérience, même si on est un génie du poker. Car oui, Isildur1 est capable de très bons moves. Il se met en danger, c’est tout, et les vieux briscards d’Antonius, Hansen et consorts en profitent. Les jeunes joueurs l’ignorent, mais il existe des accords entre les grands joueurs de cash. Cela n’a rien à voir avec de la collusion, cela a à voir avec des assurances financières mutuelles.

Je pense que mon article a eu un écho parce que c’était moi qui l’avais écrit. Maintenant, je suis un auteur de livres, et il m’arrive de temps en temps de juger des moves, même si cela est rare : je préfère dire que tel move ne se justifie pas à mes yeux et j’explique pourquoi.

Non, je ne pense pas qu’il faille s’être déjà soi-même assis à des tables high-stakes pour pouvoir commenter de tels coups ou critiquer de tels joueurs. Les commentateurs sportifs qui critiquent tel athlète doivent-ils avoir le niveau de l’athlète pour en avoir le droit ? Non, bien sûr. Tout ce qu’on leur demande c’est d’avoir une bonne connaissance du sport en question. Je ne vois pas au nom de quoi je devrais me taire devant des joueurs qui jouent des sommes colossales, au motif justement que je ne jouerai jamais de sommes aussi colossales moi-même. Si c’était le cas, seuls les Ivey, Benyamine, Elky, Hansen et quelques autres auraient le droit de se critiquer entre eux et cela n’aurait aucun sens.

D’ailleurs me concernant, je joue dans des tournois à 250, 500 et 1.000 euros, et est-ce que je dénie le droit de me critiquer à des gens qui jouent à 100, 50, 20 euros ou moins ? Non, bien sûr. Ce serait vrai si je m’appelais Hitler, mais mon nom est Montmirel, nuance ! Il y a des internautes dans des forums qui me critiquent, comme ils peuvent critiquer des moves vus à la télé de tel ou tel joueur, c’est leur droit le plus strict, quel que soit leur niveau de buy-in.

Récemment, Ivey a jeté une main gagnante, cette image a fait le tour du monde, eh bien il s’est fait critiquer par tous les types de joueurs et c’est normal. C’est tout aussi normal que quand il se fait encenser pour son sur-sur-bluff extraordinaire contre Paul Jackson à Monte-Carlo.

Ce que je ne peux pas supporter, c’est la virulence de certaines critiques et le manque d’arguments autres que triviaux. Ou qui portent sur des points qui n’ont rien à voir avec le poker. Lors de la mise en ligne de l’article, j’ai recu 27 commentaires en moins d’une heure, dont la quasi-totalité étaient orduriers. J’ai dû bloquer les commentaires. Si j’aime le heads-up, c’est parce que j’aime me battre. Et là, je ne peux pas rendre les coups. Mais je fais confiance à l’internaute pour faire la part des choses.

Certaines critiques qui vous sont adressées sont particulièrement virulentes (par exemple Ludovic Lacay s’adressant à des joueurs aux lacunes manifestes : "Ce n'est pas votre faute si vous faites ce que je dénonce. Vous avez appris en lisant les rares livres en français qui existent, qui sont des ramassis de conneries écrits par des gars qui ont pour seul palmarès une 7eme place sur un 55 Francs de l'ACF en 1994 et une place payée au tournoi des as. »). Est-il inévitable de subir les critiques de joueurs confirmés dès lors que l’on publie des ouvrages principalement destinés à un public de débutants ? Comprenez-vous certaines attaques ?

En l’occurrence, je ne pense pas qu’il s’agisse de moi puisque je n’ai jamais terminé 7e à un tournoi à 55 F et je n’ai jamais participé au Tournoi des As ! Mes deux titres sont des buy-ins à 1.000 F et 3.000 F. Bref, là n’est pas la question.

Chacun a ses opinions est chacun peut les exprimer. Certains le font avec virulence, d’autres avec mesure. Comme les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, ce type de propos n’engagent que ceux qui les croient. Moi, j’ai eu de nombreux messages de lecteurs qui me disent qu’ils ont apprécié tel ou tel livre, ou que tel ou tel livre leur a changé la vie. Par exemple ici. Même des types comme Greg Raymer ou Chris Ferguson, qui sont d’une autre trempe que certains joueurs français qui se prennent pour le centre du monde, conseillent aux jeunes joueurs de lire des livres techniques.

Mon expérience m’a appris qu’il y avait des joueurs qui accrochaient bien aux livres techniques, d’autres non. Bruno Fitoussi, par exemple, est un joueur fantastique mais il lit très peu. Certains très bons joueurs français, par contre, ont un meilleur feeling vis-à-vis des livres de poker et ils lisent tout ce qui parait. A chacun son truc…

Maintenant, il est vrai que certains livres sont des ramassis de conneries, mais pas ceux que j’édite. C’est notamment le cas de livres édités à la va-vite par des éditeurs qui ont voulu faire un « coup » au moment du boom du poker.

Dans vos différents ouvrages, vous balayez de manière exhaustive toutes les formes de poker, tous les aspects du jeu. Si vous deviez extraire de chacun des trois livres suivants (Poker Cadillac, Poker Code et Poker Duel) un conseil fondamental à l’attention des débutants, quels seraient ces conseils ?

- Séparez de façon étanche le budget poker des autres budgets de votre vie.

- Un « tell » doit toujours être validé par des tells secondaires concordants.

- S’ajuster à l’adversaire, c’est tout sauf jouer comme lui.

L’ouverture du marché du poker, c’est un peu une aubaine pour vous, non ? Comment envisagez-vous les choses à compter du 1er janvier 2010 ?

Finalement ce ne sera pas le 1er janvier, mais plutot le 15 mai à peu près… En fait, je n’envisage rien de particulier. Il reste une incertitude colossale : les sites vont-ils devoir effacer tous leurs clients français de leurs bases de données ou non ? Si c’est le cas, c’en est fini des historiques et cela casse une logique économique fondamentale. Il est question que les .fr ne communiquent plus avec la version internationale du site, donc on jouerait entre Français… ce serait d’une tristesse terrible !

Ça, c’est le volet technique et je me sens concerné, bien sûr. Maintenant, du point de vue du marché global, avec l’autorisation de la publicité, les campagnes vont fleurir un peu partout, ce qui va drainer plus de joueurs encore vers le poker. Donc vers les livres de poker…

Quand vous vous dites persuadé que « les joueurs de poker adoreraient avoir plus de filles aux tables », c’est au plaisir des yeux ou à celui de la bankroll que vous faites allusion ? Que pensez-vous des propos de Roger Hairabedian concernant le niveau général plus faible des femmes ?

C’est un clin d’œil à double-sens. D’abord pour le plaisir des yeux, mais aussi parce que les joueuses débutantes ou de niveau intermédiaire sont plus faciles à lire. Je l’affirme d’après mon expérience, non d’après un dogme quelconque, car j’ai le plus grand respect pour les joueuses et leur instinct.

Ce qui rejoint le propos de « Big Roger ». Mais je pense aussi qu’une joueuse de haut niveau est plus redoutable qu’un joueur de haut niveau. Parce que certains joueurs sous-estiment les joueuses d’une manière générale. Or, quand on affronte une joueuse, la première chose à faire selon moi est d’en évaluer le niveau.

Petit questionnaire façon Proust pour terminer :

- le jeu que vous préférez en dehors du poker ?

Eh non, pas le blackjack, mais l’awélé.

- l’endroit que vous préférez à Las Vegas ?

Le Wynn. Beau et grand, avec beaucoup de joueurs intéressants (on se comprend)

- le livre de poker que vous conseilleriez en priorité ?

Pour un débutant, « Le poker en 52 leçons », de moi-même !

Pour un joueur évolué, « Poker Harrington 3 ».

- le joueur que vous admirez le plus ?

Français : Pascal Perrault

Etranger : Gus Hansen

- un des 7 pêchés capitaux ?

La luxure, bien sûr !

- la question que vous auriez aimé que je vous pose ?

« Pourquoi avoir écrit des livres sur le poker dans les années où tout le monde s’en fichait complètement ? »

- la réponse que vous auriez donnée ?

« Pour devenir incontournable au moment du boom du poker ! »

Merci beaucoup M. Montmirel d’avoir pris la peine de répondre à nos questions. Sachant l’exercice particulièrement difficile, je salue une certaine audace de votre part pour vous y être livré.

Un grand nombre de questions de lecteurs ayant été retenues, un tirage au sort sera effectué pour déterminer les 2 gagnants entre : limosa, olbatar, stefal, ylm et gr1nder. Les auteurs des deux questions primées se verront offrir deux cadeaux qui seront des livres de François Montmirel, à savoir : Poker de tournoi plus & Poker Duel.

Publié dans Interviews de Stars

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G
<br /> Très bonne interview, sans compromis ni partis pris. J'ai apprécié le ton tout autant que la forme... Félicitation à tous deux.<br /> <br /> <br />
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S
<br /> Favoritisme dans le choix des questions? Pardon d'être direct mais c'est la remarque la plus idiote à laquelle j'ai pu être confronté. Parmi les 5 personnes dont les questions ont été retenues, je<br /> ne connais qu'olbatar et Stefal pour les avoir déjà rencontrés à Marrakech (ce qui est également le cas d'ArtPlay, Tiwaz ou Tamerlan et pourtant leurs questions n'ont pas été retenues).<br /> <br /> Quant à la question que tu souhaitais poser, elle est la seule à avoir été proposée après que le questionnaire ait déjà été transmis à François Montmirel. Tu comprendras qu'elle pouvait<br /> difficiliement être sélectionnée dans ces conditions.<br /> <br /> <br />
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T
<br /> mwaip, m'en serais douté, favoritisme dans le choix des questions. Aucun intérêt par rapport au jeu de poker, rien que des histoires de bluff, .....<br /> <br /> <br />
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E
<br /> Excellent !! bonnes questions et bonnes réponses, voilà un homme qui a la tête sur les épaules <br /> <br /> Bravo M. Montmirel !<br /> <br /> <br />
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